Contact   Mˇdiath¸que   Anecdotes   Liens  

LA GRANDE HISTOIRE

LE MILIEU

LES MATÉRIELS

LES HOMMES

L'HISTOIRE

LES HOMMES

L'ORGANISATION

LES CHRONOLOGIES

LES REALISATIONS

LES HOMMES


Le téléluge de Winterhalder en 1908

Tracteur de perche en Allemagne

Téléski "bricolé" en 1934

"Pince" de téléski artisanale en 1935

Le pionnier Jean Pomagalski

Les concepteurs et aménageurs

Concevoir un «outil» va au-delà du simple rôle de l'inventeur. Il faut avoir en effet les compétences technologiques qui en permettent la réalisation. Si les réalisations très anciennes ont pu se contenter d'inventeurs ayant surtout des capacités de « bricolage », il n'en a plus été de même dès qu'elles acquirent un haut niveau de technicité et de complexité. C'est l'histoire de cette évolution que nous nous proposons de retracer.
Les inventeurs étaient ceux qui spéculaient intellectuellement sur l'élaboration d'un projet et en imaginaient abstraitement la réalisation. Les concepteurs étaient (et sont) ceux qui peuvent être aussi des inventeurs mais vont plus loin en concrétisant (au moins sur le papier) les éléments physiques qui vont en permettre la réalisation. Les hommes de l'Antiquité, confrontés en montagne à des traversées de ravins (par exemple), ont d'abord utilisé des lianes auxquelles ils se suspendaient. Puis, l'imagination complétant l'expérience, ils vont créer, pour franchir ces mêmes obstacles, des transporteurs aériens précurseurs des téléphériques. Ils ont donc «inventé» à la fois le système et l'outil.
Appareil funiculaire de Lorini.
C'est bien en ce sens qu'ils étaient déjà des «concepteurs». Ces «anciens», confrontés à ce type de problème et ayant compris qu'ils ne pouvaient le résoudre qu'en survolant l'obstacle, ont extrapolé l'usage qu'ils faisaient précédemment des lianes en pensant qu'ils pouvaient fabriquer des cordes. Ils venaient ainsi d'entrer dans la phase de «conception» qui se développa et amena à la construction de nacelles se déplaçant sur des cordes tendues au-dessus des obstacles (voir dans le titre : «la réponse aux besoins»).
Ce niveau de réflexion et les actions qui en résultèrent constituèrent les prémisses des «téléphériques».
Le grand « inventeur-concepteur » que fut Leonard de Vinci à qui l'ont doit, certes, les premier essais de câbles métalliques (voir dans le titre «les composants») semble pourtant muet sur les moyens de transports en montagne. Par contre, il faut noter (à défaut d'informations précises) l'existence d'autres concepteurs de diverses réalisations qui, durant les13e, 14e, 15e et 16e siècles, ont été décrites par Gwakyin Hokusai, Konrad Kyner, Johannès Hartlieb, Faustus Verantius et d'autres (voir dans le titre «les chronologies»). Dans ce contexte un peu brumeux, on remarque un projet mieux connu de Buonaluto Lorini en 1580 (une sorte de funiculaire). Mais on n'hésitera pas à citer comme premier véritable «modèle» de concepteur, le hollandais Adam Wybe von Harlingen dont le remarquable transporteur de matériaux de Dantzig (en 1644) est tout à fait prémonitoire (voir dans le titre «les réalisations exemplaires»). Il faudra ensuite attendre jusqu'au XIXe siècle pour retrouver des concepteurs dont la chronologie et les réalisations soient indiscutables.
Projet de Robinson et Hodgson en 1869.
D'une façon générale, la concrétisation d'une innovation nécessite d'abord que son principe ait été inventé, puis qu'il existe une nécessité ou une opportunité de l'appliquer et que, enfin, on dispose ou on crée les moyens de la réaliser. Certes, les élucubrations de rêveurs ou d'utopistes pouvaient aboutir à ce qui ressemblait à de réelles et souvent astucieuses innovations mais qui restaient au stade abstrait puisqu'il n'y avait que rarement nécessité ou possibilité matérielle de les concrétiser.
Le rôle du concepteur est complet car il consiste, en effet, à apporter à un projet innovateur l'ensemble des éléments propres à le réaliser : principe, méthodes de construction, outils de fabrication, voire même, programmation. On peut alors se demander comment, dans l'antiquité, les concepteurs pouvaient remplir valablement ce rôle. En effet, il ne disposaient que d'éléments d'information très fragmentaires : pas ou peu de documentation technique, méthodes de calculs rudimentaires (malgré tout ce que l'on a pu dire de la science mathématiques des Egyptiens, par exemple), résultats d'expérimentations très rares, matériaux inadéquats, main d'œuvre incompétente...
Cependant, de tels rôles ont incontestablement été remplis par de nombreux anonymes et, plus tard, par des personnalités mieux connues, telles que Augustus Julius Albert qui, en 1802, conçoit et fabrique les premiers câbles en acier, puis par Blenkinson, en 1812 et Riggenbach en 1863 qui conçoivent et appliquent les crémaillères aux chemins de fer de montagne,
Projet de téléphérique Von Dücker en 1869.
Dès lors, le nombre d'innovations va s'accroître au rythme de l'avancée des progrès technologiques. Ce sont, notamment, Rhomberg et Rosh (ainsi que Grafer) avec le «télé-traîneau» (en 1908), et Winterhalder, en 1909, avec le «télé-luge», ces réalisations générant plus tard (dans les années 1930) l'invention des téléskis. C'est le moment où des bricoleurs «de génie» vont concevoir ce que les usagers nommeront très vite des «tire-fesses». On en voit les premiers exemples dans les années 1930 en France au col de Porte (œuvres de Bravat, puis Rossat) et au Mont-Pilat (dans le Forez). La lignée des choses sérieuses commence avec le «téléski à enrouleurs» du Suisse Constam à Davos en 1934, et par le «téléski à perches» du français Pomagalski à l'Alpe d'Huez, pratiquement la même année. C'est là un exemple de véritable transition entre ce que nous avons appelé le «bricolage» et la conception pure. C'est aussi l'introduction vers l'industrialisation puisque ces engins seront, durant les décennies suivantes, construits à des milliers d'exemplaires..

Dans les mêmes temps, téléphériques et funiculaires ont connu des perfectionnements techniques certains qui n'ont cependant pas fait apparaître des noms de concepteurs significatifs. Par contre, aux USA, certains ont travaillé sur les téléskis suisses de Constam et français de Pomagalski (qu'ils nomment «J-bars» pour les archets monoplaces, et «T-bars» pour les archets biplaces) afin de les transformer en appareils «téléportés». C'est donc aux USA, qu'un certain Averell Harriman construit, en 1937, le premier «télésiège». En Europe, on se contente de transformer, pour les exploiter en été, quelques téléskis en remplaçant des suspentes par des sièges monoplaces.
C'est l'époque où les «sports d'hiver» sont en pleine expansion et provoquent ainsi le début de l'industrialisation de la construction des appareils maintenant baptisés «remontées mécaniques». Les concepteurs, confrontés à une complexité croissante des technologies correspondantes, vont devoir, soit constituer des bureaux d'études à compétences plus étendues, soit s'intégrer dans des structures d'études et de projets intégrées aux constructeurs. Ce dispositif sera encore plus évident lorsque, après le conflit mondial de 1939/45, on assistera à une croissance encore plus importante des besoins en appareils nouveaux.

Ces tendances se concrétisent par l'expansion de la construction des télésièges avec des principes et des composants issus des prototypes précédents, puis améliorés par nombre d'éléments innovateurs désormais conçus dans les bureaux spécialisés. Parmi eux, la conception de la «pince débrayable» (notamment par Carlevaro), aboutira à la création des télécabines et, par extension, des télésièges débrayables. Dans ce cadre, l'ingénieur français Denis Creissels apportera une très importante amélioration en concevant la technologie «DMC» (double-mono-câble - voir dans le titre «les fonctionnements») dont le premier exemplaire sera construit à Serre-Chevalier, en 1984 et qui sera encore perfectionné dans la formule ultérieure du «Funitel».
Les bureaux d'études et les constructeurs ne se limitent pas à rechercher de multiples perfectionnements pour les appareils traditionnels mais créent aussi des engins nouveaux adaptées à de nouvelles pratiques des «vacances de neige» (ascenseur, tapis... ainsi que des «télécordes» considérablement améliorés par rapport aux «mange-mitaines» de jadis)...). En outre, ils élaborent de très ambitieuses réalisations de funiculaires grâce aux outils extraordinaires que sont les «tunneliers». On peut dire que, maintenant, la tâche des concepteurs est grandement facilitée par l'énorme quantité des informations acquises, le perfectionnement des formules de calcul et, surtout, les possibilités de l'informatique avec, entre autres, la banalisation des simulations.
Si la porte reste grande ouverte pour les conceptions d'appareils révolutionnaires, on peut penser qu'elles seront désormais et de plus en plus, l'apanage d'entreprises hautement spécialisées et non plus d'individus géniaux cogitant en haut de leur tour d'ivoire.
Un utopique "catérail" américain de 1936.
L'ingénieur Denis Creissels

page suivante